14/09/2007

~~°( Premier extraiT )°~~

Hello le monde...

 

Voici le premier extrait de mon roman. Il est tiré du premier tome "Crépuscule" et se trouve dans le chapitre un "Gueule de bois, d'ange et d'enterrement"

 Finalement, il ne t'en dit pas beaucoup quand à l'histoire, mais il te permet de mieux goûter à l'ambiance du livre, et, surtout, à la façon d'écrire de son auteur...

Je posterai un autre extrait plus tard pour rassurer ceux qui craindrait que tout le livre ne soit semblable à cet extrait...

 

à bientôt.

 

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L’immeuble était laid, voire carrément horrible, jusqu’à l’étage deux cent un, puisque sur ces ruines s’élevait une immense tour de verre et de cristal, le siège d’une multinationale quelconque. Eh oui, jusqu’au deux centième étage, c’étaient le très fond de l’humanité, la lie du monde, la merde des merdes, le plus crotteux de tout, où l’infâme le disputait à l’immonde. Alors qu’au dessus, c’était le luxe, la grâce, la luxure, la volupté, la débauche et la « beauté.»

Pour accentuer encore un peu cet écart social, et afin de le bien marquer dans tous les esprits, c’est au niveau du deux centième étage que devaient circuler les voitures, à ce niveau-là également qu’étaient les seuls vrais trottoirs : en dessous, c’étendaient les égouts. Et dans les égouts, il y avait les rats et la moisissure.

L’immeuble n’avait évidemment pas d’adresse fixe : tour à tour il était le bloc du coin, puis le bloc en face du bordel, ou encore le bloc de la prophétesse. C’était ce nom-là qu’on lui attribuait le plus souvent. Oh, bien sûr, les immeubles du haut avaient une structure bien plus élaborée, mais celle-ci ne s’étendait pas sous les trottoirs, ou alors juste de un ou deux étages. Mais pas chez Oligostas.

Il habitait donc dans le même immeuble que la prophétesse, la femme aux trois seins, le chrétien, et le psychopathe. Lui, on le remarquait pas, ou alors uniquement parce qu’il avait une voiture.

 

La prophétesse, c’était une des seules personnes qu’il connaissait dans son quartier. Mais elle, elle connaissait tout le monde. Une boule de verre fêlée, une vieille tasse de thé usagée ou une paume entière lui donnait assez d’informations pour qu’elle en sache plus sur vous que vous-même. C’était plutôt flippant.

Fallait la voir pour le comprendre : elle était grosse, même énorme, tant que s’en était peine croyable. On eut même juré qu’elle était plus large que haute ; c’est sans aucun doute pour cela qu’elle ne donnait pas de consultation à domicile.

Ses lobes étaient allongés par de lourdes boucles d’oreille, et ses bras brillaient de bracelets, au point que même sans manche on ne pouvait apercevoir sa peau flasque et orangée[1]. Ses joues grasses mastiquaient toujours une sorte de pâte molle, et ses yeux vitreux vous scrutaient en même temps de droite et de gauche derrière de vielles lunettes en demi lune.

Ses robes, toujours les mêmes, étaient constellées de petites étoiles, et semblaient dangereusement tendue au niveau de son nombril, si bien que le bouton qui préservait le monde de la vision de l’abominable ombilic semblait sur le point de rompre à tout moment. De ses jambes graisseuses, légèrement écartée, émanait une odeur infecte, qui laissait comprendre que son assistant, âgé de douze ans à peine, était de corvée ramonage au moins une fois par semaine.

Le pauvre gosse, lui, était maigrichon : nu, il devait sans doute être aisé de compter ses os, tant il semblait frêle. Il était cependant en permanence enveloppé dans une grande toge sombre qui lui enserrait le coup, masquant ainsi les marques d’un collier de fer qui le forçait à la besogne, quand, certains week-end, il était trop lucide pour se lancer à l’assaut du gouffre. Car il était toujours drogué, ou saoul, ou en manque. Mais les gens du quartier applaudissaient sa patronne, qui l’avait recueillit dans la rue, et lui avait offert sa protection.

La baleine, qui, certains soirs de disette, se faisait maquerelle, acceptait avec grasse – grâce – les compliments, et surtout les généreuses donations qui allaient avec, car Madame recevait des Gens d’en Haut, tant sa réputation était grande.

Car ça, il faut lui admettre, elle avait un don.

Oligostas, lui-même, l’avait consultée, une ou deux fois, et il en était ressorti bouleversé. C’est qu’une tasse de thé s’averrait bien plus bavarde qu’il n’y paraissait… La gobieuse, par contre, était d’un mutisme légendaire : c’est pourquoi on faisait toujours la queue devant la porte de son appartement, même si tout le monde savait qu’il faudrait supporter la vue de son décolleté plongeant, qui dévoilait une poitrine massive, dont les deux monts protégeaient un lac de sueur stagnante.

 

En dessous d’elle, s’était la femme aux trois seins, une descendante d’une famille d’immigrés venant du désert atomique. Encore en dessous, c’était le chrétien, un drôle de type qui prétendait qu’un Dieu avait créé le monde et nous surveillait en pleurant, mais que bientôt, tout périrait par les flammes de l’Armagedon. Sous les crucifix, il y avait Oligostas, et encore un étage plus bas, il y avait le psychopathe. Sans doute n’était-il pas méchant, mais, fait étrange, quiconque sonnait à sa porte semblait ne plus conserver son intégrité physique dans les minutes qui suivaient.

Mais bon, pourquoi s’en inquiéter, on parle du peuple, après tout.

 

Malheureusement, toute cette vie grouillante et rampante, cette masse humaine d’ouvriers, de travailleurs manuels, de petits avec leurs femmes et leurs gosses, nés dès le départ avec une ancre sociale autour du cou qui les attirait, toujours plus profondément dans la merde faisait de l’ombre aux Gens d’en Haut  Heureusement, on ne les voyait pas trop.

En fait, c’est ça, la véritable évolution : ce n’est plus le talent qui fait ce que tu seras, c’est ton pognon, et, plus précisément, celui de tes parents.



[1] Il n’est bien sur, pas ici question de grain de peau. Quoique. C’est pas la couleur quoi.

 

11:35 Écrit par ARM Kirsch dans Extraits | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |